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Maison de la Photographie / Lille / Hauts-de-France
 

Institut Photo : projet initial abandonné, ouverture repoussée à 2030, voilà comment on fête le bicentenaire de la photographie à Lille

L’Institut pour la Photographie de Xavier Bertrand : projet initial abandonné, architecte remercié et ouverture repoussée à 2030. Le 11 juin 2026, la Région arrêtait la mission de l’architecte, le cabinet parisien Berger&Berger. Le 9 septembre, son conseiller régional, Jean-Paul Mulot assurait que les travaux « prennent le temps nécessaire ».

Le projet de délibération n° 2026.01303, que Xavier Bertrand soumet à la commission permanente du conseil régional le 15 octobre, est particulièrement intéressant au regard de mes alertes précédentes. Quatre pages qui éclairent sous un angle nouveau la bérézina de l’Institut pour la Photographie : projet architectural abandonné, architecte écarté, livraison repoussée à 2030. Et quatre pages qui montrent surtout que la Région, Xavier Bertrand et son conseiller régional Jean-Paul Mulot ne sont ni sérieux ni crédibles dans ce dossier.

Car ce texte contient une date : le 11 juin 2026. Elle éclaire différemment ce qu’écrivait M. Mulot le 9 septembre, au lendemain de ma tribune sur les trente-deux millions d’euros votés pour l’Institut, dans son billet Mediapart « L’Institut pour la photographie : une ambition collective ». Je lui ai répondu point par point. Ni lui ni la Région ne m’ont répondu. Le projet de délibération le fait à leur place

1. Le 11 juin, une décision en catimini

Ce jour-là, la Région « a mis fin à l’exécution des prestations » de l’agence Berger & Berger, « à l’issue de la phase PRO ». Près de trois mois plus tard, dans son texte du 9 septembre, M. Mulot écrivait : « Si les travaux de réhabilitation prennent le temps nécessaire, ils n’ont jamais empêché l’Institut de poursuivre son activité. » Il n’y avait pourtant ni travaux ni architecte. Il célébrait une « réussite collective » ; la délibération parle de « défaillance » et d’« approche frugale ».

Son billet qualifiait le mien de « longue énumération de mensonges éhontés ». Je n’emploierai pas ce vocabulaire. Je pose les deux textes côte à côte et je laisse chacun juger.

M. Mulot n’écrivait pas en son nom seul. Il dit « nous » : « il nous est apparu essentiel », « nous ne partions pas d’une page blanche ». Il parlait au nom de l’exécutif régional. Or l’exécutif savait, puisque c’est lui qui a notifié la décision du 11 juin. Soit on a laissé un élu de la majorité défendre un projet abandonné sans le lui dire, soit il le savait et l’a tu. Dans les deux cas, l’exécutif a laissé publier sans correction un texte que ses propres décisions contredisaient.

Monsieur le Président, vous n’avez pas répondu à ma tribune. Pourquoi l’assemblée régionale n’apprend-elle qu’en octobre une décision prise en juin ?

2. Le coût de l’inefficacité pour le contribuable

La Région invoque la « défaillance » de l’agence d’architecture Berger & Berger. Je ne mettrai pas en cause un cabinet d’architectes dont j’ignore la version des faits : le texte l’affirme sans le démontrer. Mais une défaillance a des suites : pénalités, réparation, contentieux. Or la Région se borne à arrêter la mission en fin de phase “PRO”, quand les plans sont dessinés et les honoraires vraisemblablement réglés.

Combien ont coûté ces années d’études pour un bâtiment qui ne sera pas construit ? Rien n’est chiffré. Il resterait 12 384 890,68 euros d’autorisation de programme ; rapportée aux crédits affectés depuis 2018, la différence se compte en millions. On demande pourtant à la commission permanente de « valider la poursuite de l’opération », sans le coût de ce qui a été perdu ni celui de ce qui reste à faire.

3. 2017-2030 : douze ans et demi d’atermoiements

6 000 à 8 000 mètres carrés annoncés à Arles en 2017. 3 600, dont 1 500 d’exposition, en 2018. 3 900, dont 850 d’exposition, en 2023. Environ 2 600 aujourd’hui, avec un pôle expositions « optimisé », c’est-à-dire réduit, sans que sa surface soit donnée.

Le calendrier, lui, s’allonge : « une réalité dans moins d’un an » en 2017, puis 2020, 2021, 2022, 2023, 2025, 2026, et désormais début 2030, avec de nouveaux architectes en juillet 2027 et des travaux en 2029. Douze ans et demi après l’annonce à Arles, à condition que ce calendrier, adossé à aucun coût, soit le dernier.

Ajoutons aussi que l’Institut reste une institution sans bâtiment, financée comme si elle en avait un : 13 586 000 euros de subventions de fonctionnement de 2018 à 2025, 1 786 000 euros pour 2026. Au même rythme, plus de vingt millions auront été versés en 2030 à une institution qui n’aura pas passé un jour dans son bâtiment définitif. Son effectif est passé de 11 à 24 salariés entre 2019 et 2023. Les équipes n’y sont pour rien ; l’arbitrage, si.

M. Mulot promettait une dynamique qui « ne peut être que célébrée à l’occasion du Bicentenaire de la photographie ». Pour cette célébration, la Région prévoit d’ouvrir 270 mètres carrés, à titre provisoire. Voilà ce que Xavier Bertrand offrira au contribuable régional. Ce même public, c’est lui qui l’a privé des 900 mètres carrés de la Maison de la Photographie de Fives, en refusant de soutenir un lieu ouvert depuis 1997 et en ramenant sa subvention à 30 000 euros en 2018, puis à zéro en 2019. Bien des artistes le tenaient pour l’un des plus beaux espaces d’exposition au nord de Paris. Ce choix est le sien. Il doit l’assumer. Trente-deux millions d’euros pour en arriver là.

4. Neuf questions avant le 15 octobre

Ma précédente tribune s’achevait sur cinq questions. Personne n’y a répondu. Aussi, je repose ces cinq questions pour la bonne information des habitants des Hauts-de-France et j’en ajoute 4 :

  1. Le détail public des sommes engagées depuis 2017, investissement et fonctionnement, délibération par délibération.
  2. L’état des lieux de la photographie régionale de 2017 : méthode, périmètre, conclusions, structures consultées.
  3. La surface définitive du bâtiment, sa surface d’exposition et son coût au mètre carré.
  4. La procédure de recrutement des postes de direction et d’encadrement.
  5. L’entrée des structures photographiques régionales au conseil d’administration, annoncée en juillet 2018.
  6. La date de la décision d’arrêter la mission de l’architecte, et la position de l’exécutif sur le texte de M. Mulot.
  7. Le montant payé sur le projet abandonné, dont la part du groupement de maîtrise d’œuvre ; pénalités ou indemnités ; part des études réutilisable.
  8. Le coût du nouveau projet de 2 600 mètres carrés : les 12,38 millions restants suffiront-ils ?
  9. Les subventions effectivement versées chaque année depuis 2018, et leur révision jusqu’en 2030.

Le 15 octobre, valider la poursuite d’une opération dont on ne connaît ni le coût passé, ni le coût futur, ni la date réelle de livraison, après neuf ans et plus de trente millions d’euros votés, ce ne sera pas un acte d’ambition. Ce sera un chèque en blanc. Chaque conseiller régional a le droit d’être informé avant de voter ; je souhaite qu’il l’exerce, et que la Chambre régionale des comptes se saisisse enfin de ce dossier. Il faut arrêter ça. J’invite les élus régionaux à se pencher sincèrement sur cette gabegie et à dire stop. Stop aux dépenses qui n’ont aucun sens, stop à un projet mal ficelé, dispendieux, incontrôlé.

5. Rouvrir le dossier de la Maison de la Photographie

En parallèle, j’invite aussi les élus à ouvrir les rapports d’activité de la Maison de la Photographie et du festival Transphotographiques, archivés depuis 1997 sur notre site. Ils y verront tout ce que nous avons réalisé avec cinq à six salariés, quand l’Institut en compte plus de vingt : la première antenne hors les murs de la Maison Européenne de la Photographie, inaugurée à Fives en 2012 avec William Klein ; l’exposition Capa au Tri Postal, en 2016, avec l’International Center of Photography de New York et le Jeu de Paume ; des dizaines d’expositions et d’ateliers dans un quartier populaire de Lille et sur tout le territoire. Le tout pour 1,4 million d’euros de subventions régionales cumulées depuis 1997, avec plus de 50 % d’autofinancement en 2020. Ce n’est pas une question de moyens. C’est une question de méthode.

En 2027, la Maison de la Photographie aura trente ans. Monsieur le Président, oui, je vous invite à regarder le travail accompli depuis 1997. Pendant des années, la Région l’a soutenu, jusqu’à 200 000 euros par an : pour la programmation du lieu, et pour le festival Transphotographiques, qui rayonnait dans tout le Nord–Pas-de-Calais et au-delà de la frontière, jusqu’à Courtrai et Tournai.

Sous votre présidence, cette subvention est tombée à 30 000 euros en 2018, avant de s’arrêter définitivement en 2019. Le motif invoqué était fallacieux : la Région ne pouvait plus soutenir la Maison de la Photographie si la DRAC et la Ville de Lille ne la soutenaient pas. Chacun connaît les vraies raisons de ce règlement de comptes politique.

Depuis plusieurs années, l’État et le Département du Nord soutiennent courageusement la Maison de la Photographie, et je les en remercie. La Région ne serait donc pas seule. Le motif de 2019 ne tient plus.

Je vous demande de rouvrir le dossier de la Maison de la Photographie et des Transphotographiques. De reconnaître le travail formidable accompli depuis trente ans, que vous aviez salué en 2016 lors de votre visite des Transphotographiques au Tri Postal. D’apprécier à sa juste valeur celui que nous menons depuis quatre ans dans les territoires les plus reculés du département, dans les lycées, les collèges et les centres sociaux de nos villes en quartier prioritaire. Et de rétablir les subventions que le projet n’aurait jamais dû perdre. Je vous ai d’ailleurs adressé un courrier officiel en ce sens. 200 000 euros, c’est à peine plus du dixième de ce que la Région verse chaque année à votre Institut.

Le 9 septembre, la Région a choisi de parler de moi. Le 15 octobre, elle peut choisir de parler des comptes et de la bonne utilisation de l’argent public. Monsieur le Président, vous êtes candidat à la présidence de la République. La transparence que l’on promet aux Français commence par celle que l’on doit aux habitants de sa région.

Olivier Spillebout
fondateur de la Maison de la Photographie de Lille et du festival Transphotographiques.


Source :

Archives Presse institut & Maison Photo : https://maisonphoto.com/category/presse/presse-politique/

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