Il devait, à l’origine, rouvrir cette année après une phase de travaux de modernisation et d’extension. L’Institut pour la photo, porté par le conseil régional, n’est finalement pas attendu avant 2030. Malgré une réouverture partielle ces prochains mois.
Qu’est-ce que l’Institut pour la photo ?
Il aura eu une première vie de quatre ans. Inauguré en octobre 2019, l’Institut pour la photo a déjà proposé des rétrospectives autour de Bettina Rheims ou d’Agnès Varda, une instructive expo intitulée « Charles de Gaulle sous l’œil des photographes »… Le vaste bâtiment de la rue de Thionville dans le Vieux-Lille, l’ancien lycée Édouard-Lalo, devait devenir le nouveau lieu de rendez-vous culturel axé sur la photo. Les Rencontres d’Arles, « la » référence des festivals photo en France, est d’ailleurs depuis 2019 partenaire de l’Institut, un projet voulu et porté personnellement par le président de la Région, Xavier Bertrand.
Mais le bâtiment du Vieux-Lille a fermé ses portes en 2023 pour une longue période de travaux. Qui ne se déroulent pas vraiment comme prévu…
Un chantier qui accuse un gros retard
Trois ans après la fermeture de l’Institut, retour au point de départ. Ou presque. Le 11 juin dernier, le conseil régional a « mis fin à l’exécution des prestations, à l’issue de la phase PRO (projet) » auprès de l’agence d’architecture Berger & Berger, qui avait été retenue pour mener à bien le projet architectural. Contacté, le cabinet de Xavier Bertrand nous a fait savoir que « le cabinet d’architectes traverse des difficultés(1) ». Une « défaillance », est-il inscrit dans la délibération votée le 15 octobre en commission permanente, qui « a impacté le développement de l’Institut ». Et retardé l’aboutissement du projet. L’Institut continue malgré tout à vivre, via des expositions hors les murs (comme actuellement au Théâtre du Nord).
Un projet revu à la baisse
« Ce qu’il faut retenir de la délibération votée le 15 octobre, c’est la volonté de poursuivre le projet », insiste l’entourage de Xavier Bertrand, qui reconnaît « un contretemps ». Mais l’ambition, celle de créer « un nouveau quartier dédié à la photographie », a été revue à la baisse : le futur Institut pour la photo, mentionne la délibération, « se développera sur environ 2 600 m² contre 3 900 m² dans le projet initialement travaillé par l’agence d’architecture Berger & Berger ». Fini, les extensions envisagées à l’origine. Une nécessité afin de contenir l’enveloppe, annoncée à 16 millions d’euros en 2023, malgré le renchérissement du coût des matières premières notamment.
La nouvelle feuille de route de l’Institut ? « Une conception écoresponsable, une approche frugale du bâtiment, une plus grande accessibilité et ouverture à la diversité des publics », est-il indiqué dans la délibération votée il y a quelques jours. Le calendrier a, logiquement, été revu : une nouvelle équipe de maîtrise d’œuvre devrait être désignée à l’été 2027, pour des travaux menés en 2029 et une livraison du bâtiment désormais annoncée pour « début 2030 ».
Une réouverture partielle
1826-2026 : la photographie, mise au point par Nicéphore Niepce, fête ses 200 ans. Difficile de passer à côté d’un tel événement pour l’Institut de la photo. Il a donc été décidé, pour pallier les retards, d’ouvrir un espace de 270 m² rue de Thionville, « afin que l’Institut y accueille du public de façon temporaire à l’occasion de la célébration du bicentenaire de la photographie ». Ouverture espérée, indique le cabinet de Xavier Bertrand, « le plus vite possible » ; les événements autour du bicentenaire, pilotés par le ministère de la Culture, s’étendent jusqu’en septembre 2027.
(*) Le conseil régional n’envisage pas d’engager de contentieux devant le tribunal pour cette « défaillance », mais pourrait bénéficier d’une pénalité de dédommagement d’un montant de 102 000 €, tel qu’inscrit dans une clause du contrat, nous a indiqué le cabinet de Xavier Bertrand.
« Rouvrir le dossier de la Maison de la photo »
Il ne décolère pas. Au moment où la commission permanente du conseil régional votait une délibération actant la poursuite du projet, revu et corrigé, Olivier Spillebout publiait une lettre ouverte. Le fondateur de la Maison de la photo à Fives, et des Transphotographiques, est vent debout depuis l’origine contre ce projet porté par Xavier Bertrand, à qui il reproche d’avoir accéléré la chute de son lieu d’exposition en réduisant la subvention, sur fond de querelles politiques lilloises. « Combien ont coûté ces années d’études pour un bâtiment qui ne sera pas construit ?, écrit-il. Rien n’est chiffré. » De 2017 (ouverture de l’Institut) à 2030 (fin espérée des travaux), il dénonce « douze ans et demi d’atermoiements », avec un projet global revu à la baisse et « un calendrier qui s’allonge ».
Surtout, Olivier Spillebout poursuit sa croisade pour « rouvrir le dossier de la Maison de la photographie ». « En 2027, écrit-il, elle aura trente ans. Je vous invite à regarder le travail accompli ; à apprécier celui que nous menons depuis quatre ans dans les territoires les plus reculés du département ; (…) et à rétablir les subventions que le projet n’aurait jamais dû perdre. »
