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Maison de la Photographie / Lille / Hauts-de-France
 

Le Monde : « Pour les festivals, l’équation est complexe : il faut payer les artistes sans casser la tirelire »

Système intenable

Dans ce paysage, Arles détonne. Avec 7 millions d’euros de budget, trente-cinq expositions, 150 photographes au programme, un accès payant, c’est la Rolls des festivals photo en France. Et pourtant, les photographes exposés ne sont pas rémunérés.

Depuis près de cinquante ans, son modèle est autre : il prend à sa charge la production des épreuves présentées sur les murs, que le photographe récupère au bout de trois mois d’exposition. Soit une valeur de 10 000 Ã  20 000 euros. Etre payé en nature, c’est bien, mais ça ne fait pas manger, et c’est parfois un fardeau, en tout cas pour certains.

Arles paie 230 agents d’accueil, cent techniciens, cinquante personnes pour le protocole, une quinzaine de permanents, dont un directeur, Sam Stourdzé, qui refuse de dévoiler son salaire, des peintres, des artisans, des commissaires d’exposition (tous à 1 500 euros). Les seuls à ne pas toucher un sou, ce sont les photographes, pourtant en première ligne.

A Arles, les seuls à ne pas toucher un sou, ce sont les photographes, pourtant en première ligne.

Ce système n’a choqué personne ou presque pendant des décennies. Sauf qu’il devient intenable. De par sa notoriété, et du fait aussi qu’il bénéficie de beaucoup d’argent public, Arles est épinglé dans le débat sur la paupérisation des photographes, à cause d’une gratuité des images qui se généralise.

Et ce n’est pas en disant « Arles apporte une notoriété qui vaut tous les cachets », comme on l’entend, que le mécontentement va tomber. Du reste, des professionnels ont envoyé récemment une lettre à Emmanuel Macron, qui commence ainsi : « La photographie ne s’est jamais aussi bien portée en France, les photographes jamais aussi mal. »

Corriger le tir

Arles entend calmer les choses cette année en offrant 500 euros aux photographes. C’est une première, à mettre au crédit de Sam Stourdzé, qui a pourtant hésité, trouvant le montant « dérisoire, voire indécent Â». Mais ce dernier se devait de corriger le tir. Pourquoi pas 2 000 euros ? On serait dans le rouge, répond le directeur.

Pourquoi alors d’autres festivals, tout en produisant les épreuves des photographes exposés, se font-ils un devoir de les rémunérer, de 500 à 2 000 euros, alors que l’accès est gratuit et leur budget parfois trente fois inférieur à celui d’Arles ? C’est le cas de La Gacilly, dans le Morbihan, de Photaumnales à Beauvais, d’Images singulières à Sète, dans l’Hérault.

Si Arles n’y arrive pas, ce n’est pas une question de moyens, c’est que son modèle pose problème, au point que beaucoup se demandent où vont les 7 millions d’euros de budget. Cette question en ouvre une autre, qui vaut pour tout festival d’ampleur : comment se rénover, coller à l’époque, en inventant des formats qui mettent plus en contact le créateur et son public ?

Le Monde 29 juin 2018

Michel Guerrin (rédacteur en chef au « Monde Â»)

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Depuis 1997, l'Atelier de la Photo, devenu en 2003 la Maison de la Photographie, présente à Lille le meilleur de la Photographie internationale, tout en soutenant la création régionale et la pratique amateur.