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Maison de la Photographie / Lille / Hauts-de-France
 

Vente d’un bien immobilier privé – Lettre à Marion Gautier

Madame Marion Gautier

Adjointe à la Culture, Ville de Lille

Lille, le 03 décembre 2018

Madame l’Adjointe,

Vous vous êtes permise très dernièrement d’écrire spontanément et négativement au sujet de la Maison de la Photographie à des journalistes, pour faire suite à mon communiqué de presse du 17 octobre 2018. Et cela alors même que vous n’étiez pas sollicitée.

 Aussi, permettez-moi de m’indigner contre cette pratique, qui consiste à décrédibiliser mon action en véhiculant de fausses informations. Votre intervention, comme d’autres auparavant, était complètement hors sujet par rapport à ceux évoqués dans mon communiqué, qui ne portait que sur la pertinence du projet d’Institut.

 Ce n’est pas la première fois que vous agissez de la sorte, en public ou au téléphone. Votre nouvelle intervention auprès de la presse sur le sujet du bâtiment de la Maison de la Photographie ne fait que démontrer à nouveau la faiblesse de vos arguments, puisqu’il faut systématiquement que vous déformiez les informations pour leur donner une connotation diffamatoire, afin de me salir.

 Plutôt que d’être porteuse d’initiatives culturelles ou de soutenir les structures de votre ville, votre action se résume à servir les règlements de comptes politiques. Lorsque vous vous exprimez, c’est surtout pour dénigrer et critiquer les autres, et je ne crois pas être la seule victime de votre malveillance.

Il devient totalement inacceptable pour moi de subir ces attaques répétées, au regard de tout ce que j’ai fait depuis plus de 20 ans pour le paysage culturel lillois, dans le quartier de Fives. Pensez-vous vraiment que le bilan de votre action d’élue vous rende légitime à juger mon engagement ? Concernant ce bâtiment, je pense que vous n’avez pas bien compris que vous critiquez en fait le Maire de Lille. 

En effet, même si vous êtes une nouvelle élue en poste depuis 2014, le dossier de la Maison de la Photographie et du bâtiment hébergeant ce projet date de plus de 20 ans. Il a démarré sous Pierre Mauroy certes, mais a dès 2001 été supervisé par Martine Aubry, qui l’a suivi personnellement.

Permettez-moi donc de vous rappeler, de façon détaillée, l’histoire de ce bâtiment, ainsi que les intentions qui ont présidé à chaque décision. Même si cette initiative de créer un projet autour de la photo est bien une initiative personnelle et indépendante, elle est, par le fait même qu’elle ait été soutenue, depuis longtemps, agréée par les différentes collectivités. Notamment par le Maire de Lille et par la Communauté Urbaine qu’elle présidait à l’époque.

 

Demande de locaux municipaux

Depuis l’origine pour la bonne exécution de ce projet, nous avons sollicité par courrier à trois reprises la ville de Lille  afin d’obtenir des locaux pour héberger le projet de la Maison de la Photographie, dont le principe faisait partie des choix culturels de la Ville.

Une première fois en 1999 pour obtenir des locaux municipaux de l’ecole Récamier, qui avaient déjà accueilli le photo-club de Lille. Puis plus tard, en 2001,  pour occuper l’espace Matisse à Euralille. Puis en 2005, pour occuper un étage du Tri Postal, juste après la fin de Lille2004.

Ces demandes n’ont jamais été étudiées, ni acceptées. Je tiens à préciser que les deux derniers équipements ont été attribués de façon quasi-exclusive à Lille3000. Nous nous sommes donc auto-organisés pour développer et pérenniser le projet dans des locaux m’appartenant et que j’avais achetés à la Ville de Lille.

 

L’achat du bâtiment Frémy à la Ville 

Cet achat, je le rappelle, s’est fait en toute transparence : il a fait l’objet d’un débat, d’un vote en Conseil Municipal, d’une estimation par les Domaines et d’une validation du montant par le Tribunal d’Instance de Lille, sur la base d’une expertise judiciaire et à la demande de la Ville.

Cet achat s’est donc fait au juste prix, s’agissant d’une ruine à l’abandon. Dès cette époque, le processus de la vente du bâtiment a été suivi par le Maire de Lille, qui n’en a ignoré aucune étape. 

L’association Maison Photo louait les locaux, dispositif qui s’est fait dans des règles classiques avec un bail et le paiement d’un loyer dont les collectivités avaient connaissance, puisqu’il apparaît dans tous les comptes annuels déposés auprès d’elles systématiquement. 

Je me suis toujours assuré que ce loyer soit en dessous du marché pour ne pas prêter le flanc à la critique. Il ne vous a pas échappé que de toutes façons, lorsqu’une association occupe des locaux, elle a un loyer à payer, ou à faire figurer en valorisation, si les locaux ont été mis à disposition. Très légitimement, je n’ai pas pas cessé d’améliorer le bâtiment, dans un souci d’exigence et de qualité pour donner à la photographie dans notre ville, notre quartier et sur le territoire régional, un écrin à la hauteur des expositions d’intérêt national que nous souhaitions y accueillir.

 

Le financement des travaux

Comme vous le voyez, dès le début et jusqu’à ce jour, tout a toujours été fait en pleine transparence et avec la validation du Maire de Lille.

J’insiste sur le fait que l’ensemble de ce projet, qui s’est fait sur 20 ans, a été financé par de l’argent personnel, issu en majorité de prêts bancaires, répartis sur 6 emprunts personnels dont 4 principaux au Crédit Mutuel Nord Europe, pour un montant total supérieur à un million d’euros. Le premier prêt était celui dédié à l’achat du bâtiment principal pour y faire mon habitation. Nous étions bien dans un bâtiment privé, m’appartenant, et financé avec un financement personnel.

Ensuite, les prêts suivants d’amélioration et d’agrandissement des locaux ont été obtenus,  je tiens à le préciser, non pas sur la base du projet associatif et culturel, mais bien sur la capacité personnelle du particulier que je suis, et à celle de mon épouse, cadre territorial, et sur la base de l’activité de privatisation événementielle que j’ai dû développer pour pouvoir justement financer ces agrandissements.

Aucune banque, ni le CMNE ni aucune autre, ne finance des acquisitions immobilières ou des travaux sur la base de bilans associatifs fragiles, soumis à des changements de politiques et à chaque vote annuel des subventions. Même concernant les prêts d’avances sur subvention nécessaires au flux de trésorerie de l’association, la banque me demandait de signer une caution personnelle. C’est donc bien moi qui dès l’origine, et tout au long du projet, ai pris tous les risques financiers, sur mes ressources personnelles, pour permettre au projet de la Maison de la Photographie de Lille de se développer.

Pour rappel, en septembre 2013,  le Maire de Lille est venue inaugurer l’agrandissement de la Maison de la Photographie, à l’occasion du vernissage de l’exposition de Peter Lindbergh. Elle, comme les élus qui l’accompagnaient, ont félicité la Maison Photo pour son extension sur la rue Pierre Legrand, lui donnant une nouvelle entrée sur la rue principale de Fives. Ces travaux permettaient ainsi à cette ancienne usine, l’Office Général du Papier, qui faisait partie de l’histoire de notre ville, de revenir dans sa configuration d’avant-guerre. Il est donc faux de dire partout que la Ville n’était pas au courant des travaux, des agrandissements, puis de la vente.

 

La Vente du bâtiment en 2016

Après 2012, la Ville a décidé de baisser sa subvention annuelle de 50%, ce qui laissait déjà augurer un désengagement à venir, et donc, de fait, les difficultés croissantes de l’association à honorer le paiement de ses loyers.

Par ailleurs, depuis quelques années, les critiques à la Mairie étaient récurrentes sur le fait que j’étais propriétaire du bâtiment au 18 rue Frémy, et en même temps directeur de l’association hébergée. 

Plusieurs notes émises par les services municipaux et leurs conseils ont abouti à la recommandation qu’il serait mieux pour moi de ne plus être propriétaire des locaux, ce qui clarifierait et assainirait les relations financières entre l’association et son directeur,  faisant ainsi taire les rumeurs persistantes. 

C’est à la suite de ces recommandations que j’ai décidé de rechercher un acheteur pour le bâtiment, même si ce n’était pas mon choix. La Ville était donc parfaitement au fait des motivations de cette décision et des modalités recherchées.

Après 2 ans de recherches, un investisseur privé a été trouvé début 2016 : une société d’investissement, qui s’est proposée de racheter les murs en y laissant la Maison de la Photographie comme locataire.

Au cours de la procédure notariale, la ville a donc été très officiellement informée de cette vente, et le Maire pouvait, comme l’y autorise la loi, s’opposer à cette vente et préempter si elle le souhaitait. 

Je vous ai alors confirmé personnellement, que le projet Maison de la Photographie continuait, avec un changement de propriétaire du bâtiment.

 

La plus-value en 2016

J’ai donc accepté une des offres en 2016, et vendu les deux niveaux occupés par la Maison de la Photographie à la seule société qui acceptait de laisser l’association dans les lieux.

Vous brandissez à cette occasion le mot de plus-value systématiquement,  comme un mot dégradant, qui pourrait vous servir à asseoir votre charge contre nous. 

Je souhaite donc vous préciser une chose assez simple : la plus-value est, sommes toutes,  une conséquence assez classique et systématique, en tous cas dans notre ville, pour un quelconque particulier ayant acheté un bien, qu’il soit à destination d’habitation ou commerciale, qui y a fait des importants travaux et qui le revend amélioré, 20 ans après. A plus forte raison quand ce bien a été fortement amélioré, comme c’est le cas ici.

Je vous rappelle,  puisque vous n’étiez pas là à l’époque, que ce bâtiment n’a pas été acheté très cher, mais à son juste prix, s’agissant d’une vieille usine à l’abandon depuis plus de 20 ans,  pour laquelle la Ville avait, sur certaines zones, signé un permis de démolition.

En conséquence, comme vous pouvez facilement le comprendre, oui il y a eu une plus-value entre l’achat de cette ruine dans un quartier qui reste encore aujourd’hui dégradé, et sa vente en 2016. Son montant de 320K€ ne me fait absolument pas honte.

Et si toutefois mon objectif avait été financier, en décidant de cette vente, il m’était alors très facile de faire un programme immobilier à la découpe, d’une dizaine de lofts, le prix du m² à Lille étant élevé, j’étais assuré d’une vente à plus de 2 millions d’euros.

Je pouvais faire une bien plus belle opération en faisant ce choix, qu’en trouvant un investisseur acceptant de laisser le projet culturel dans les locaux. Soyez donc assurée que l’argent n’a jamais été ma motivation. Depuis l’origine, ma seule motivation est la création de ce lieu et son devenir. 

Je vous remercie donc d’arrêter de répandre partout des contre-vérités, et notamment que j’aurais fait une plus-value de plus d’un million d’euros, qui serait illégitime, ce qui est totalement diffamatoire. De la même façon, je vous remercie aussi d’arrêter de répandre que l’investisseur aurait des liens familiaux avec moi.  C’est encore de la diffamation et des contre-vérités épuisantes.

 

L’abandon de créance de 2018

Très habilement, vous faites, devant l’assemblée du Conseil Municipal ou devant les journalistes, l’élue qui est surprise de cette vente, de cette plus-value, des loyers qui m’étaient dus jusqu’en 2016, des dettes de loyers accumulées, et de l’abandon de créance de 2018.

Tous ces chiffres (ceux des loyers) apparaissaient chaque année dans les bilans déposés au service Culture, comme dans les rapports spéciaux et généraux du commissaire aux comptes,  et c’est bien normal. Ce qui l’est moins, c’est que l’élue à la culture que vous êtes ne soit pas au courant et au fait de ces échanges.

De plus, il y a eu, au-delà des dépôts systématiques, des contrôles de gestion de la ville, l’un en 2010 et l’un en 2012, dans lesquels ces sujets ont été particulièrement détaillés et chiffrés. Il y a eu aussi une note réalisée par un avocat spécialisé à la demande du Maire de Lille, sur la question des loyers en 2012. Je tiens à votre disposition tous ces documents si les services les avaient égarés.

Tout cela n’a jamais empêché la Ville de continuer à subventionner la Maison de la Photographie chaque année sans interruption depuis l’origine du projet. Notamment parce que le créancier majeur de l’association n’était autre que moi-même, ce qui occasionnait peu de risque de mise en cessation de paiement réelle. Je devais d’ailleurs chaque année signer un document pour le Commissariat aux comptes en ce sens.

Effectivement, la raréfaction des subventions, et en particulier la baisse intentionnelle et politique très forte de la subvention  de la Ville de Lille (qui en parallèle augmentait son soutien à Lille3000…) ont induit progressivement une dette de loyer qui s’est accumulée, puisque pour pouvoir continuer l’activité, j’ai laissé se créer une créance envers moi, provisionnée chaque année au Bilan.

Vous avez choisi début 2018 et puisqu’il vous fallait trouver des arguments pour oser supprimer la subvention d’une association historique, de dénoncer la fragilité et le risque de cet endettement, en prenant appui sur des chiffres de dettes que vous sembliez découvrir.

Voyant cette dette de loyer pointée comme raison pour retirer le subvention annuelle 2018 de l’association, j’ai donc décidé en toute responsabilité d’abandonner la créance cumulée. J’ai fait ce choix personnel, en accord avec mon Conseil d’Administration.

C’est un don personnel que j’ai à cet instant formalisé définitivement, au profit de la Maison de la Photographie, et je devrais plutôt en être remercié, que critiqué aujourd’hui.

Je suis ainsi dans la logique de ce que je fais depuis 20 ans,  où je mets en priorité le projet plutôt que, comme vous l’insinuez, mes intérêts personnels. Ma décision réduit d’autant la fragilité du bilan financier dont vous vous servez bien malhonnêtement pour justifier le retrait du soutien de la Ville.

 

Mes intentions

Finalement, lorsque j’étais propriétaire, la Ville voulait que je ne le sois plus. J’ai vendu, et maintenant elle me le reproche. Finalement, lorsque la Maison Photo avait des dettes de loyers, la Ville critiquait son endettement. J’ai décidé d’abandonner la créance, et maintenant elle me le reproche. Allez-vous en permanence m’accabler dans un sens puis dans un autre ? J’apprécierais un peu plus de cohérence et de respect.

Vous cherchez, puisque c’est votre intention, celle de nuire, à transformer tous ces faits en éléments négatifs voire délictueux ou immoraux. Mais sur le fond, je viens de vous le démontrer à nouveau, ce ne sont que des actes positifs, qui s’apparentent à du mécénat, pour l’émergence puis la survie de la Maison de la Photographie. Aujourd’hui je le réaffirme avec force, je suis très fier de la manière dont j’ai porté et je porte ce projet qui a permis à la Ville de se doter d’un équipement de grande qualité en ayant à l’accompagner uniquement sur le fonctionnement, et, sommes toutes, assez modestement. Et en ne faisant débourser aucun euro à la ville ou aux autres collectivités pour l’investissement.

Ce bâtiment qui accueille la Maison de la Photographie a été financé par de l’argent privé, avec l’aide des banques puis aujourd’hui avec l’aide d’investisseurs qui lui font confiance en lui louant leur locaux. C’est un montage que vous devriez féliciter, saluer, encourager et dupliquer !

Il s’agit d’une forme originale de partenariat public-privé, un exemple qui devrait être plus souvent suivi. Dans un quartier prioritaire comme celui de Fives, avoir apporté l’excellence culturelle, le développement économique, et l’attractivité pour les plus grandes enseignes nationales qui viennent y organiser leurs événements, c’est quelque chose qui partout ailleurs, serait soutenu et accompagné par la municipalité. Visiblement, cela vous a échappé.

L’actualité tout récente nous permet de confronter cet exemple à un contre-exemple évident :  le projet de nouvel Institut pour la Photographie, que le Président de Région a décidé d’implanter dans le Vieux Lille, avec l’aide du Maire de Lille. Ce nouvel équipement va coûter 10 millions d’euros d’investissement aux contribuables régionaux, donc en partie, aux lillois. Nous en contestons le bien-fondé, la légitimité, et le mode de financement. Mais cela fait l’objet d’une autre contribution au débat.

Je vous demande dorénavant, au vu de mes explications, de cesser définitivement de déformer les faits,  car à minima il s’agit d’une dommageable méconnaissance du dossier, et au pire d’une recherche systématique de diffamer, ce que je ne peux pas vous laisser faire plus longtemps.

Cordialement

Olivier Spillebout

 

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