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Maison de la Photographie / Lille / Hauts-de-France
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ECO121 : La Maison de la Photographie telle qu’on la connaît est en danger de mort

Interview Olivier Spillebout : » La Maison de la Photographie telle qu’on la connaît est en danger de mort »

La maison de la photographie est-elle en danger de mort ?

S’il n’y a pas de vrai retour, sincère et véritable, des collectivités, oui. La Maison de la photographie comme on la connaît est en danger de mort.

Quelle est votre situation financière ?

Depuis plusieurs années, on a subi un gros désengagement de collectivités publiques. On a du s’organiser pour modifier le modèle économique. Il y a moins de dix ans, on était à 100% de fonds publics. On a réussi à passer autour de 60% d’autofinancement, avec un projet événementiel que j’ai développé dès 2010 : on accueille des entreprises, régionales comme nationales, sur des showrooms, des séminaires, des soirées, mais aussi des lancements de parfums comme Kenzo, Guerlain, ou encore de produits, comme Orange, BMW et RTE. Le lieu qui est atypique, à la fois industriel, avec de hauts plafonds, un peu branché, est maintenant très connu et identifié y compris au national, tant au niveau culturel qu’au niveau événementiel. Et on est dans Lille, pas loin d’Euralille, de la voie rapide. C’est un de nos points forts. La Maison de la Photo est devenue un véritable pôle d’attractivité au coeur de Fives, quartier populaire, en difficulté, où la présence culturelle et économique est indispensable.

Cela donne de l’indépendance d’avoir des partenariats privés; mais il faut se rendre à l’évidence : dans le domaine culturel aujourd’hui, s’il veut remplir les missions d’accès à la culture et d’éducation à l’image qui lui sont dévolues, un établissement comme le nôtre ne peut pas fonctionner sans une aide importante des collectivités.

Pourquoi aujourd’hui la situation est-elle critique ?

Le budget était environ de 200 K€ par la Ville depuis les débuts. Il est descendu à 130 K€ en 2012, et devait alors être compensé par d’autres collectivités durablement ; au final, il n’a été compensé qu’une seule année. Le budget de la Ville est resté à 130 K€ depuis. Cette année, deux semaines seulement avant le conseil municipal, la subvention a été suspendue.

Certains interprètent cette décision comme un règlement de comptes personnel avec votre femme Violette, ex directrice de cabinet de Martine Aubry, qui a rejoint Christophe Itier et le mouvement En Marche. Quelle est votre analyse ?

Martine Aubry s’en défend. Elle a réaffirmé son soutien à la Maison de la photographie lors du dernier conseil municipal en expliquant qu’en raison de l’endettement de l’association, un risque de dépôt de bilan aurait pu engager la Ville. Elle souhaitait aussi que d’autres financeurs soutiennent la Maison de la Photographie. On a démontré avec nos conseils et notre commissaire aux comptes que les raisons invoquées n’étaient pas fondées et qu’il n’y avait pas de risque, sauf à ne pas revoter la subvention. Bien sûr, nous étions sous-budgétisés et il fallait faire revenir d’autres partenaires dans le tour de table, mais la Ville aurait pu avoir cette discussion sans suspendre la subvention deux semaines avant le conseil municipal… D’ailleurs depuis, la MEL et le Département ont su réagir rapidement et confirmer leur participation. La DRAC étudie notre dossier.

Le Maire a réaffirmé son soutien, on veut la croire. Le prochain conseil municipal a lieu le 6 avril. Les doutes ont tous été levés. Je ne vois pas pourquoi dès lors la subvention ne serait pas votée. Si elle ne l’était pas, avec de nouvelles raisons invoquées, alors effectivement je serais obligé de me ranger à cette idée de règlement de comptes politique…

Certains bruits de fond lillois mettent en cause votre probité en pointant les plus-values immobilières réalisées sur ce site de Fives…Alors, enrichissement personnel ou pas ?

Face à ces rumeurs, j’ai rédigé une longue note pour m’expliquer en totale transparence. Ce projet est parti de rien. Je n’étais pas issu du milieu culturel, je n’avais pas de mécène. J’ai démarré dans une vieille usine abandonnée que j’ai achetée et rénovée sur mes fonds propres. J’ai monté ce projet petit à petit. J’étais voisin, je terminais une activité de salles de sport, j’avais quatre clubs de fitness sur Lille. J’ai d’abord repris cette usine en ruine pour y habiter. A plusieurs reprises, à l’origine du projet culturel on a demandé à la Ville de nous prêter des locaux pour accueillir la Maison de la Photographie : en 2001, l’espace Matisse , en 2004, une partie du Tri Postal. Sans réponse, on s’est donc auto-organisés : j’ai investi à titre personnel, avec des prêts bancaires.Et c’est devenu aujourd’hui une référence et un lieu d’excellence pour la photographie, où viennent les plus grands photographes, avec des expositions d’intérêt national et international.

Comment interprétez-vous ces rumeurs qui font leur apparition en pleine tourmente pour la Maison de la Photo ?

Depuis des années, indirectement, on me reprochait d’être propriétaire des murs et en même temps directeur de la structure. Ces critiques ont toujours été officieuses, et ont forgé ma conviction qu’il fallait ne plus être propriétaire du bâtiment, Je pensais naïvement que çà éteindrait ce genre de rumeurs, mais maintenant que j’ai vendu, on me parle de plus-values….

Des rumeurs, c’est censé colporter des choses cachées. Or l’ensemble de la construction de ce projet a été fait en toute transparence, notamment avec la Ville à qui on a acheté le bâtiment à l’époque, qui a été associée à l’inauguration de l’extension avec Peter Linbergh, et qui a eu connaissance ensuite bien sûr du projet de vente sans souhaiter préempter.

Quid des fameuses plus-values ?

C’est une manière de présenter les choses. Je souhaite rappeler que l’on parle d’un bâtiment qui m’appartenait et que j’ai revendu après 20 ans. Je ne voulais pas revendre, ce n’était pas mon projet, mais j’ai dû le faire. Et si la plus-value était ma motivation, alors, je faisais 10 lofts de 100 m2, c’était très facile, il suffit de diviser les surfaces. Le mètre carré sur Fives est entre 2000 et 2500 €. Je vendais pour 2 à 2,5 M€ et là, je faisais une plus-value confortable ! Si je ne l’ai pas fait et si on a mis si longtemps à vendre, c’est parce qu’on souhaitait trouver un investisseur qui permette à la Maison de la Photo de rester dans les murs. C’est notre projet de vie, de couple, et on a vécu avec plusieurs prêts personnels sur les épaules, au total de plus d’1,2 M€ auprès du Crédit Mutuel. Les travaux n’ont pas été faits avec l’argent des subventions. La plus-value réalisée est tout à fait normale compte tenu de l’évolution du marché immobilier et des investissements que j’ai faits dans cette ruine.

La subvention dont on parle aujourd’hui en substitution du précédent système financerait les Transphotographiques seules et non la Maison de la Photographie, dans un partenariat quadripartite avec la Région, la Mel et le département. Cela résoudrait-il vos problèmes ?

Tout n’est pas encore très clair. On s’est rendu compte qu’une table ronde, organisée par la ville de Lille au pied levé entre collectivités, mais sans nous, a réussi à imposer aux autres une nouvelle vision du paysage. Martine Aubry ne voulait plus entendre parler des Transphotographiques. Or maintenant il s’agirait en effet de financer cet événement. On attend. Tout s’est fait sans échanger avec nous.

Comment voyez-vous les Transphotographiques 2018 ?

On a des expositions extraordinaires dont une grande expo avec la Maison Européenne de la Photographie à Paris, qui est un peu notre marraine, « la photographie française existe, je l’ai rencontrée ». C’est en quelque sorte une expo rétrospective de Jean-Luc Monterosso qui quitte la direction de la MEP après 30 ans et présente l’ensemble de ses collections. On a aussi des projets magnifiques, d’artistes internationaux de grand renom, jamais exposés en France. On aimerait les présenter dans le cadre des Transphotographiques, notamment au Tri Postal, qui est un lieu naturel pour des expositions de cet intérêt. Sinon, c’est priver les Lillois d’une offre culturelle de qualité, indépendante de Lille 3000. On a quelques autres options en tête, le cas échéant. Les grandes années, les Transphotographiques, ce sont 50 à 100 000 visiteurs… On est très confiants sur la réussite des Transphotographiques, qui sont accueillies avec enthousiasme dans la métropole et la Région, à Roubaix, Saint-André, Marcq-en-Baroeul, et bien d’autres communes.

Vous avez organisé une conférence de presse assez solennelle il y a quelques jours, sur l’avenir de la structure. Depuis, les choses ont-elles bougé ?

La période des vacances scolaires a un peu ralenti les contacts. Mais depuis cette semaine, des membres de notre conseil d’Administration qui soutient avec force le projet culturel (Patrick Roussiès Président, Pierre Coursières Vice-Président, Christine Dano et David Desablence) échangent avec quelques personnalités politiques. On a du mal à avoir une vision claire de ce que chacun souhaite pour l’instant.

Notre CA est composé de personnalités du monde culturel et de chefs d’entreprises. Leur vision, c’est que la structure doit être sauvée, car elle répond à un besoin évident pour les photographes, les artistes, les visiteurs et le quartier de Fives.

Xavier Bertrand a annoncé un projet d’Institut de la photo. Comment voyez-vous cette idée et comment y seriez-vous associé ?

Aujourd’hui la Région réouvre des perspectives en nous associant à la préfiguration de l’Institut, dans son comité d’experts. C’est qu’elle estime que la Maison de la Photo est un acteur important par sa présence et son action dans le temps. Aujourd’hui, on espère une réponse qui devient plus qu’urgente : Xavier Bertrand va t-il soutenir à nouveau la Maison de la Photographie, et ainsi la sauver ? Ce nouvel institut est une chance formidable pour le territoire, mais il faut absolument que cette nouvelle dynamique portée par la Région renforce les structures déjà existantes en photographie. Nous sommes même prêts à imaginer que la Maison de la Photo soit un lieu de diffusion ponctuel de l’Institut.

Restez-vous quand même optimiste ?

Je veux rester positif. Je veux croire au discours des politiques. Martine Aubry a dit clairement à la presse à l’ensemble du Conseil municipal et aux Lillois qu’elle soutenait fortement la Maison de la Photographie. Je n’ai pas de raison de ne pas être optimiste. Et Xavier Bertrand s’est prononcé dans le même sens, disant qu’il voulait soutenir la photographie et les acteurs existants. Je n’ai aucune raison de ne pas croire ce que disent les deux personnalités les plus influentes en culture sur notre territoire.

Recueilli par Olivier Ducuing pour Éco121 du 16 mars 2018

 

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Depuis 1997, l'Atelier de la Photo, devenu en 2003 la Maison de la Photographie, présente à Lille le meilleur de la Photographie internationale, tout en soutenant la création régionale et la pratique amateur.