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Maison de la Photographie / Lille / Hauts-de-France
 

Ateliers photographiques de Lourches avec Victorine Alisse : « Un bel événement » 

Ateliers photographiques de Lourches avec Victorine Alisse : « Un bel événement » 

 

La photo-reporter Victorine Alisse, oscille entre la France et la Palestine où elle réalise un travail photographique, depuis l’hiver 2021. Originaire de La Bassée, commune du Nord de la France, son travail témoigne d’un grand attachement à la ruralité, aux campagnes françaises et à la terre. En collaboration avec La Maison de la Photographie, c’est à Lourches que la photographe a animé un atelier, avec l’association « Main dans la Main », en novembre dernier.

 

Comment le contact s’est-il établi avec la Maison de la Photographie de Lille ? Comment votre collaboration s’est-elle concrétisée ?

« Je suis originaire de La Bassée. J’avais effectué un travail sur le monde agricole, que je souhaitais exposer. Et c’est comme ça, que j’ai été en lien avec Olivier Spillebout. Finalement, l’exposition n’a pas pu se faire. Mais il m’a proposé de continuer mon travail, sur le lien à la terre dans la région, et de réaliser des ateliers photographiques. J’ai trouvé que l’idée était chouette. J’ai donc animé l’atelier mi-novembre 2023 ».

Vernissage de l’exposition. Photographie d’Elisa Comte.

 

Comment la continuité de ce travail sur le lien à la terre s’est-elle concrétisée ? 

« J’ai commencé par faire une résidence. Cela s’est passé début octobre dans l’Avesnois, et ce fut une magnifique expérience. Ça s’appelle « La folie des grands espaces ». Le nom issu d’une chanson de Ridan : « L’Agriculteur ». J’ai préparé un texte sur mon travail là-bas :

C’est l’histoire d’une promenade, d’une promenade à pied dans le village de Ramousies. C’est l’histoire d’une rencontre inattendue au bout du village, avec un jeune agriculteur, Romain, qui a repris la ferme de deux frères : Guy et Bernard. C’est une histoire qui en amène une autre. C’est ainsi, de fil en aiguille, que je rencontre leurs agriculteurs voisins. Quentin et son mari Jean-Pierre, paysans de l’agriculture biologique à Sémeries. Puis, la cousine de Romain, Agathe, qui a repris la ferme laitière de ses parents. C’est l’époque de l’ensilage du maïs. Les amis du papa d’Agathe travailleront ensemble le temps de deux journées. J’embarque avec eux. Les enfants de Sébastien observent les bennes passer devant leur maison, et demandent à nous rejoindre. Ici, il y a de moins en moins de fermes. Il n’en reste plus que cinq. Avant, c’était le double. C’est une histoire de femmes et d’hommes. Agriculteurs, paysans, passionnés, courageux, qui partagent la folie des grands espaces.

Cette série s’inscrit dans la suite de mon travail au long cours sur la disparition des fermes en France intitulé “On avait tous un paysan dans la famille” commencé en 2020. 

Je suis partie sillonner le territoire de l’Avesnois à la rencontre de celles et ceux qui cultivent la terre. En cette fin de saison, j’ai tenté de saisir des moments de vie et de poésie au cœur de ces territoires vallonnés.

Je vivais sur place, dans un petit chalet. Et je suis partie marcher à pied. Dans le village. C’est comme ça que je les ai rencontrés. En allant leur parler, spontanément, dehors. Dans ce travail, je me suis vraiment intéressée à savoir pourquoi, coûte que coûte, ils étaient attachés à ce métier. Qu’est-ce qui les attache ? Qu’est-ce qui nous unit à cette terre, à ces territoires ? Et j’ai essayé de trouver de la poésie, du signifiant, dans les gestes qu’ils réalisent chaque jour. 

Photo : Victorine Alisse, Capture d’écran Instagram @victorine_alisse_ cliché issu de la série « On avait tous un paysan dans la famille ».

« Vivre seul dans une maison avec la vue sur ma raison
J’préfère vivre pauvre avec mon âme, que vivre riche avec la leur
Et si le blé m’file du bonheur, j’me ferais p’têt’ agriculteur »

Ridan, L’Agriculteur

 

Que va devenir le travail issu de cette résidence ?

L’idée, c’est qu’il y aura une exposition. Sur comment le territoire se dessine. Comment les agriculteurs dessinent le territoire.

 

Concernant les ateliers à Lourches, comment se sont-ils déroulés ? 

J’ai réalisé ces ateliers avec l’association « Main dans la Main ». Le public était composé de personnes membres de l’association. Pendant une semaine, les personnes volontaires pouvaient venir pour que l’on puisse leur faire découvrir le travail de photographe.

Je leur explique le métier, comment on réalise un reportage. Je leur explique également différentes manières de photographier. Les différents plans possibles pour réaliser une photographie. Ils ont eux-mêmes réalisé des portraits, et des photographies au sein de l’association. 

 

De qui se composait le public ? 

De tous les volontaires de l’association, il y avait vraiment de tous les âges. Il y avait des jeunes. Et aussi un public d’adultes qui faisaient partie de ce qui s’appelle « Action Agir » du Comité d’Action Pour l’Education Permanente (CAPEP). 

Photographie de groupe de l’atelier réalisé avec l’Association « Main dans la Main ».

 

Comment avez-vous vu évoluer les participants et leur perception de la photographie au fil de cette expérience, en particulier lorsqu’ils ont vu leur travail exposé au sein de l’association ?

En général, il y avait un atelier avec chacun. C’était plus du suivi individuel, on avait vraiment le temps de faire des photographies.

On prenait le temps de regarder ce que les uns et les autres avaient fait. Le projet final était une exposition. On a pu l’exposer au sein de l’association après la semaine d’ateliers. 

C’était incroyable. Je trouve qu’il y avait une fierté de voir leur travail sur le mur. Je pense qu’ils ont vu aussi que la photographie est accessible à tous. Et que l’on peut raconter des histoires grâce à un éditing, à un séquençage précis des photographies. C’était vraiment un bel événement. 

 

De quel matériel disposiez-vous pour cet atelier ? 

On a réalisé les photos avec de vrais appareils. On a principalement utilisé les miens : deux appareils photographiques Sony. Il y en avait aussi un de l’association et un de La Maison de la Photographie. 

 

Vous avez mentionné que chaque participant bénéficiait d’un suivi individuel au cours de l’atelier, avec le temps nécessaire pour créer des photographies. Pouvez-vous partager des moments particuliers ou des réalisations marquantes pendant ces ateliers qui ont contribué au projet final de l’exposition ? 

Portrait de Yezli Hanane réalisé pendant l’atelier.

 

Il y a quelque chose qui est très dur. Une jeune femme, Yezli Hanane, membre de l’association et en alternance en deuxième année de cohésion sociale à l’association « Main dans la main » avait fait le portrait d’Eddy, un bénévole de l’association. Malheureusement, on a appris qu’il est décédé récemment.

Et elle avait fait un magnifique portrait. Lors de l’exposition, il avait même posé sa main, sur le mur, en réaction à une photographie issue d’un exercice qu’on avait fait avec les mains pour parler du lien, de la cohésion. Elle avait écrit un petit texte en disant pourquoi elle l’avait photographié.

 

 

 

 

Elle avait noté : 

« C’était une personne chouette, débordante d’énergie, toujours prête à aider. Il me semblait logique de le mettre en avant compte tenu de toute l’aide et de l’énergie qu’il apporte à l’association ».

Moi, j’ai appris son décès sur Facebook. Ils l’ont partagé sur Facebook. Mais du coup, tu te dis qu’une photo c’est tellement… Ça peut être comment dire… c’est particulier. 

C’était en janvier, donc c’est arrivé subitement.

Elle avait fait un magnifique portrait d’Eddy je trouve.

« Lors de l’exposition, il avait même posé sa main, sur le mur, en réaction à une photographie issue d’un exercice qu’on avait fait avec les mains pour parler du lien, de la cohésion ».

Pour parler d’un souvenir plus joyeux, il y a Lorenzo, qui a quinze ans. Lui, il disait qu’il faisait beaucoup de selfies avec son téléphone, et il m’a dit qu’il avait noté une vraie différence entre son téléphone et l’appareil photo.

 

Vous êtes membre d’un collectif, le collectif « hors format » ?

Je fais partie du collectif hors format qui est un collectif de photographes engagés. Le collectif est basé à Paris, mais on travaille aussi bien en France qu’à l’étranger. Je les ai rejoints il y a deux ans. L’idée, c’est qu’on est un groupe d’amis et on partage notre passion pour la photographie. On s’entraide, tant dans notre métier de photographe, que dans les projets qu’on mène, ou dans la vie de tous les jours.

On travaille tous sur des thématiques différentes. Ça peut être sur les modes de vie alternatifs, sur l’éducation hors les murs ou sur des gilets jaunes qui se réunissaient près d’un rond-point. Dans l’ensemble, on traite plutôt des sujets sociétaux et environnementaux.

On travaille en général sur le long cours. On réfléchit aussi ensemble à des projets communs. Par exemple, récemment, notre premier livre est sorti, il s’appelle Ce qui nous lie. En autoédition. On réalise aussi des ateliers photographiques, avec un programme qui s’appelle Agora.

Vous organisez d’autres ateliers avec le collectif ? 

Depuis 3 ans, on participe au parcours Agora (à l’initiative du département de Seine-Saint-Denis et de l’éducation nationale) qui est un programme d’éducation à l’image et aux médias. Nous suivons et accompagnons une classe de 4e par an dans un collège du département. Cette année, nous travaillons avec une classe de 4e de Romainville et nous travaillons ensemble sur les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024. Les élèves apprennent le métier de photographe et de journaliste.

Photo : capture d’écran Instagram du compte « Hors format ».

 

Propos recueillis par Carla Gaultier Bruxelle

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