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Maison de la Photographie / Lille / Hauts-de-France
 

La Maison de la Photographie, abandonnée par les pouvoirs publics en plein Covid, demande aux décideurs publics de retrouver la raison

La Maison de la Photographie, abandonnée par les pouvoirs publics en plein Covid, demande aux décideurs publics de retrouver la raison

 

En cette période de crise sanitaire entraînant une crise économique majeure, la situation critique de la Maison de la Photographie ressemble presque à celle que vivent de nombreuses structures culturelles régionales qui auront pourtant – le moment venu – un rôle majeur à jouer pour renforcer le lien entre les territoires et les populations. A une nuance près….

 

Depuis le 16 mars 2020, la Maison de la Photographie a été contrainte de fermer ses portes au public et ne peut pas rouvrir : son activité culturelle s’est brutalement arrêtée, au moment de l’exposition Raghu Raï en partenariat avec l’Académie des Beaux-Arts de Paris, et l’ensemble des évènements privatifs (séminaires, réunions, conférences) ont été annulés ou reportés sine die. Cette activité économique, associée au mécénat, permettait à l’association de survivre depuis 2 ans.

La Maison de la Photographie a pris toutes les mesures de sauvegarde permises par l’Etat : chômage partiel, arrêts maladie pour garde d’enfant, suspension du loyer, décalage de dettes fournisseurs. Ainsi, l’association, déjà fragile avant la crise sanitaire, devrait  “tenir” encore un ou deux mois, mais  sera incapable de redémarrer son activité sans une aide exceptionnelle des pouvoirs publics.

Le Directeur, Olivier Spillebout, a donc écrit dès le mois d’avril puis à nouveau en mai à Xavier Bertrand, Martine Aubry, Jean-René Lecerf, Damien Castelain et Marc Drouet. Pour obtenir l’assurance du maintien des subventions des années précédentes pour le festival Transphotographiques, mais aussi pour pouvoir émarger aux fonds de solidarité ouverts dans ces collectivités pour surmonter la crise.

A la veille du Conseil Municipal de Lille, l’association n’a reçu de réponse d’aucun élu du territoire, la Ville de Lille ne présente même pas au vote le soutien historique aux Transphotographiques, allant à l’encontre de toutes les déclarations publiques des politiques qui jurent dans toute la presse maintenir les aides et les renforcer. Plus qu’un abandon, c’est un acte de rétorsion volontairement violent, à 15 jours des élections municipales, dans lequel la Mairie de Lille entraîne tous les autres partenaires publics sans que l’association ait les moyens de réagir. Le rouleau compresseur de la politique politicienne fait fi d’un maillon essentiel de la culture de proximité à Lille, d’un élément phare du rayonnement de la photographie au sein de la Région Hauts-de-France. 

Pourtant, depuis 23 ans, la structure tente, avec des aides publiques limitées  et un autofinancement élevé, de faire vivre la culture dans un des quartiers les plus défavorisés de Lille.

La Maison de la Photographie est une chance pour les photographes et artistes. Nous avons besoin de lieux de diffusion qui laissent une vraie place aux jeunes talents internationaux, français, régionaux. Nous avons besoin d’un lieu de rencontre, d’échange, de formation, de partage avec d’autres artistes autour de la photographie, d’un lieu qui promeut leur diffusion hors du territoire et valorise ainsi la photographie française.

La Maison de la Photographie est une chance pour le grand public. La photographie est un art à la fois exigeant et simple, qui interpelle et ouvre à l’autre.  Dans ce lieu ouvert à tout public se renouvelle une programmation exigeante, alliant excellence, jeunes artistes et talents régionaux. A chaque vernissage, à chaque nouveau projet, la Maison de la Photographie sait proposer une expérience unique pour faire se rencontrer, avec simplicité et intensité, l’artiste, l’oeuvre et le public. 

La Maison de la Photographie est une chance pour les publics les plus éloignés de la culture. Quelle que soit leur génération, ils trouvent dans ce lieu une opportunité de découverte de l’art photographique. A Fives, ils sont accueillis et accompagnés, avec une véritable ambition d’éducation à l’image, grâce à une médiation culturelle de qualité, pour s’immerger dans le processus de création et comprendre du regard du photographe. 

La Maison de la Photographie est une chance pour la vie d’un quartier populaire, le quartier de Lille Fives. La présence culturelle de la Maison de la Photographie crée du lien et contribue à combattre le repli sur soi, les peurs, l’isolement. Dans son quartier, comme dans les territoires où elle peut intervenir, elle maintient une présence active, avec ses artistes, ses événements et ses médiateurs, pour aller au devant des publics et faire acte de sensibilisation.

La Maison de la Photographie est une chance pour la Région, la Métropole et la ville de Lille, qui ont pour ambition de rayonner, avec ses habitants, et bien au-delà de ses frontières : la Maison de la Photographie accueille depuis 20 ans, en ses murs et pendant le festival Transphotographiques, les plus grands artistes français et internationaux : Willy Ronis, Sabine Weiss, Peter Lindbergh, William Klein, Georges Rousse, Paolo Roversi, Bettina Rheims, Costa Gavras, Charlotte Rampling, Karine Saporta….  Accompagnée par la Maison Européenne de la Photographie, elle est le lieu aujourd’hui connu et reconnu pour exposer les plus grands artistes, et sa renommée unique  est un facteur fort d’attractivité de la Ville. 

Et la situation devient cocasse, encore plus cette année, où Lille est Capitale Mondiale du Design : dans des caisses, à la Maison de la Photographie de Lille, grâce au partenariat avec l’Académie des Beaux-Arts de Paris, se trouvent les oeuvres photographiques de Charlotte Perriand la grande designeuse française, référence artistique connue internationalement. Cette exposition d’intérêt national attend là, plutôt que de pouvoir être montrée dès l’été 2020, pour le plus grand nombre, avec des horaires d’ouverture larges en juillet et août, et des activités quotidiennes pour les centres sociaux, associations, acteurs socio-culturels.

Les raisons invoquées par Martine Aubry début 2018 pour justifier le retrait de la subvention de fonctionnement (insuffisance d’actifs, endettement, manque de partenaires…) ont toutes été levées par les efforts de la structure, et c’est justement cette suppression brutale de l’aide annuelle historique qui provoque la situation d’aujourd’hui. 

La Maison de la Photographie demande donc aux décideurs publics du territoire de retrouver la raison, de dépasser les enjeux politiques, d’organiser le sauvetage du projet, et de mettre les moyens nécessaires à son existence et même à son développement. Elle emargera aux Fonds de Solidarité ouverts à la Ville et à la Région, espérant ne pas être une fois encore arbitrairement disqualifiée et discriminée.

Olivier Spillebout, Directeur

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Depuis 1997, l'Atelier de la Photo, devenu en 2003 la Maison de la Photographie, présente à Lille le meilleur de la Photographie internationale, tout en soutenant la création régionale et la pratique amateur.