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Maison de la Photographie / Lille / Hauts-de-France
 

Du passé, l’Institut pour la photographie fait-il table rase ?

Dans les beaux quartiers de Lille, l’Institut pour la photographie n’est qu’en préfiguration, mais son inauguration, le 11 octobre dernier, a fait couler beaucoup d’encre dans la presse régionale (et au-delà), relayant les doutes des acteurs de la culture.

 

« L’Institut pour la photographie n’enlèvera rien à personne »

C’est ce que Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France et initiateur du projet (en collaboration avec les Rencontres d’Arles dont les équipes dirigent le projet) avait assuré. Ces lieux de culture photographique qui « ne manquent pas dans la région » (cf. Les Échos du 11 octobre 2019), « pas question de les fragiliser ». Raté. La Maison Photo (présente à Lille depuis 1997) a vu ses vivres coupés en 2018, et enchaine les licenciements. Et n’a « toujours aucune réponse sur la reconduction de la subvention régionale pour (son festival) les Transphotographiques en 2019 ni sur la subvention de fonctionnement ». Dans l’Oise, c’est Diaphane (et ses festivals les Photaumnales et Usimages) qui regrette l’absence de « signe budgétaire fort de la part de la région » comme nous le disait Fred Boucher dans son interview du 30 septembre dernier. « La subvention de la Région n’a pas bougé depuis 3 ans, nous avons de réels besoins pour consolider le festival. » Pourquoi attendre avant de sauver ou conforter ces acteurs historiques ? Et pourquoi avoir fait passer les subventions pour l’Institut, avant ?

Politiquement incorrect ?

Xavier Bertrand les avait appelés à « fournir de nouveaux projets en lien avec l’Institut ». Mais comment « faire la course à l’échalote aux projets si on n’a pas la capacité humaine derrière pour les réaliser » s’interroge Fred Boucher, de Diaphane. Pas question non plus de donner le change du côté de la Maison Photo. Son directeur s’est retiré du « comité d’experts » jugé ni consultatif, ni décideur et a dénoncé un projet déséquilibré et opaque. Comme il l’exprime dans l’article du The Art Newspaper du 3 octobre dernier, il s’inquiète sur la position et l’implication des Rencontres d’Arles, qu’il voit comme une « prise de contrôle hostile » sur la région.
Il semblerait que du côté du CRP/ de Douchy-les-Mines, les choses avancent d’avantage que pour les deux autres structures régionales, son Président, Jean-Marc Vantournhoudt nous confirme qu’un projet d’extension va voir le jour dès 2020, grâce à la DRAC et à la région. Une décision qui a été prise suite à la visite de Xavier Bertrand au centre en juin dernier. Si Jean-Marc Vantournhoudt nous avoue avoir été sceptique sur le projet d’Institut à ses débuts et de ne pas avoir compris pourquoi les acteurs locaux n’aient à aucun moment été consultés en amont, aujourd’hui, ils affirment leur volonté d’un travail commun.

Pouvoir revendiquer la paternité d’un grand projet culturel

Sur l’impulsion de son nouveau président, le budget culture des Hauts de France a bondi. Le hic ? La hausse profite à des projets nouveaux « au détriment de l’existant » a dénoncé le CRAC (comité régional arts et culture) dès 2018. Les personnalités politiques ne seraient-elles pas intéressées par des projets préexistants qui ne portent pas leur signature ? Dans la Voix du Nord (ce 10 octobre), Olivier Spillebout, de la Maison Photo, pointe «  la culture qui dépense sans compter », « au service des ambitions personnelles ». « Pour l’éventuel candidat à l’élection présidentielle en 2022 rien n’est trop beau pour marquer de son empreinte la région » (cf. sa lettre ouverte au président de la région).

Les photographes régionaux : la part du pauvre ?

L’Institut pour la photographie affichant une ambition nationale (voire européenne), il est certainement temps que le ministère de la Culture s’en saisisse. A Lille et ailleurs, les photographes régionaux ont besoin de commandes, de droits d’auteur, d’aides concrètes à la production. Ils sont pourtant bien peu visibles sur la première exposition de l’IPP. Et le fait que 30 lectures de portfolio leur soient « offertes » à l’Institut mi-novembre leur semblera probablement bien maigre. Il faut espérer que l’Institut et ses 12 M€ aient un impact durable et positif sur l’emploi artistique local, sur la création, sur les dynamiques associatives et sur l’accès à la photographie pour tous. Tout reste à prouver.

 

A LIRE :
Rencontre avec Fred Boucher, co-directeur du Festival des Photaumnales
La Maison de la Photographie demande à la Région de suspendre le projet d’Institut
Rencontre avec Olivier Spillebout : L’Institut de Photographie « La place de l’artiste a été oubliée alors qu’il est au coeur du sujet » !
Rencontre avec Fred Boucher, Directeur artistique des Photaumnales Comment se portent les « petits » festivals de photographie ?
Et aussi :
https://www.lesechos.fr/pme-regions/hauts-de-france/a-lille-linstitut-rebat-les-cartes-de-la-photographie-dans-la-region-1139190?
https://www.theartnewspaper.com/news/test-shot-lille-s-new-photography-institute-prepares-for-2021-launch
https://www.lavoixdunord.fr/649869/article/2019-10-10/l-institut-pour-la-photographie-se-revele-lille-ce-week-end
https://dailynord.fr/2019/10/a-lille-la-bataille-de-la-photo-vient-declater-a-nouveau-sur-plusieurs-fronts/
https://www.lavoixdunord.fr/334344/article/2018-03-13/la-region-hauts-de-france-parie-sur-la-culture-et-personne-ne-veut-que-ca-craque

 

Article paru sur 9 Lives Magazine

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Le 13 avril 2012, la Maison de la Photographie de Lille à l'occasion d'un partenariat signé avec la Maison Européenne de la Photographie à Paris va devenir la " MEP-LILLE ".